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Les multiples bienfaits d’un projet multidisciplinaire

Le résident Mario Chiasson avec Amelia Joudcar

Au Pavillon Camille-Lefebvre de l’Hôpital de Lachine, le bon médicament, et les bons soins, apportent satisfaction aux résidents et fierté aux équipes

Plus éveillés. Plus souriants. Plus autonomes. Meilleur appétit et mobilité accrue. Voilà quelques-unes des améliorations remarquées au cours des derniers mois chez de nombreux résidents âgés du Pavillon Camille-Lefebvre (PCL) à l’Hôpital de Lachine du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), après que des changements eurent été apportés à leurs soins et à leur médication.

« Jusqu’à tout récemment, il était pratique courante de prescrire des antipsychotiques et des sédatifs aux patients atteints d’Alzheimer et de démence, explique Amelia Joucdar, infirmière clinicienne en pratique avancée à l’Hôpital de Lachine. Or, des études ont démontré que ces types de médication empiraient l’état de ces patients, pouvaient engendrer un délirium, rendaient certains patients plus violents, et étaient associés à des risques de chute et de dysphagie accrus. »

« De là est née la volonté de “déprescrire” ces médicaments et d’introduire dans les soins des innovations non pharmacologiques adaptées aux résidents atteints de démence », ajoute Amelia, qui est spécialisée en gériatrie.

Dans le cadre du projet OPUS-AP, un projet de recherche ministériel soutenu par une bourse de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé, l’Hôpital de Lachine a donc réduit le recours aux antipsychotiques et aux sédatifs en soins de longue durée pour les patients atteints de troubles neurocognitifs majeurs et montrant des symptômes de démence, comme l’errance, les demandes répétées, l’agitation motrice, la désinhibition, l’agressivité, etc. Le projet comportait deux volets : la déprescription de ces médicaments et la gestion des comportements perturbateurs.

Le projet OPUS-AP a été déployé dans de nombreux centres hospitaliers en soins de longue durée (CHSLD) au Québec. À l’Hôpital de Lachine, il s’est limité en phase 1 à une unité de soins du PCL, qui accueille 44 résidents, et il se poursuivra en 2019.

Prendre le temps

La première étape du processus de déprescription consistait à sélectionner les résidents se qualifiant pour y participer, en fonction des critères prévus par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Pour ce faire, il fallait évaluer chaque cas, en procédant à une révision du diagnostic et de la raison de la prescription des médicaments, et à une analyse comportementale détaillée.

L’équipe de Lachine a choisi de procéder un patient à la fois, en adoptant une approche multidisciplinaire de contrôle et d’évaluation des comportements, susceptibles de fluctuer avec les changements de médication. « On a pris notre temps, dit Amelia. C’est un élément clé du succès du projet, car cela a réduit la pression sur les équipes de soins, leur a permis de suivre de près l’évolution de chaque résident et de constater l’amélioration de leur état. »

Un autre facteur de réussite du projet est sans contredit la formation qui a été offerte aux employés. « Tout le personnel de soins, incluant les préposés aux bénéficiaires, a reçu une formation sur les différents types de démence et les comportements qui en découlent. Cela leur a permis de mieux comprendre les réactions des résidents et de mieux y répondre », affirme Amélie Rivard, conseillère en formation et développement, au service de formation de L’Hôpital de Lachine.

Chercher des solutions

À la phase 1, une fois le processus de déprescription commencé pour un résident, le personnel de soins observait le patient, recherchait des solutions non pharmacologiques aux problèmes et les mettait à l’épreuve. Il remplissait des grilles comportementales, afin de documenter la diminution des doses, la réponse du patient, les interventions proposées et leur succès ou non auprès du patient. Lorsqu’une intervention ne donnait pas l’effet souhaité, l’équipe en prenait note et en essayait une autre, jusqu’à ce que la bonne solution soit trouvée.

« Durant le jour, les techniciennes en loisirs et récréologues organisent des activités de groupe répondant à des intérêts variés, dit Amelia. Nous avons remarqué que les résidents étaient plus calmes lorsqu’ils y participaient, parce qu’ils étaient occupés ou divertis. »

« Nous avons aussi observé que de 16 h à 21 h, les patients étaient plus agités, donc nous avons cherché à mettre en place des activités pour gérer les comportements perturbateurs durant ces heures où, par ailleurs, il y a aussi moins de personnel sur l’unité. Des activités telles que clubs de coloriage, chant, casse-têtes ou manucure, ont permis de divertir les résidents sans alourdir la tâche du personnel », explique Amelia.

Mais surtout, les équipes remarquaient qu’à mesure que les doses diminuaient, les comportements s’amélioraient. « Les résidents avaient notamment une meilleure humeur et meilleure capacité d’interaction. C’était donc à la fois gratifiant et fort stimulant pour les équipes, qui se sont rapidement investies dans le projet », note Amelia.

« Les bienfaits s’expliquent non seulement par l’ajustement de la médication, mais aussi par la contribution de l’équipe de soins, qui a modifié son approche envers les résidents, porté une attention particulière aux comportements perturbateurs et mis en place des activités adaptées. Sans tout cela, ça n’aurait pas pu fonctionner », dit Louise Papillon-Ferland, pharmacienne spécialisée en gériatrie au CUSM, qui a soutenu le personnel de Lachine dans ce projet.

« Comme le personnel de l’unité était prêt à prendre en charge les effets de la déprescription, les médecins pouvaient compter sur le soutien offert aux patients et ainsi adhérer au projet plus facilement », ajoute le pharmacien Philippe Lor, qui a travaillé avec les équipes quotidiennement.

Développer de nouveaux réflexes

La collaboration exemplaire entre les médecins, les infirmières, et tous les professionnels a aussi permis de créer des ponts qui contribuent certainement à l’amélioration des soins.

« Aujourd’hui, le personnel a le réflexe d’impliquer Philippe lors d’une nouvelle admission, pour que la médication soit revue. Le personnel est mieux informé, a aiguisé son sens critique et se sent plus en confiance de poser des questions au sujet de la médication », affirme Amelia.

Fortes de leur succès, les équipes de soins ont entrepris de revoir les soins et la médication prescrite à un plus large bassin de patients. Le Ministère de la santé et des services sociaux a également invité l’équipe de projet à présenter ses résultats et façons de faire aux responsables de 24 CHSLD au Québec.

Il n’est pas rare que les patients de plus de 75 ans consomment une quinzaine, voire une vingtaine de médicaments différents. Chaque patient est différent, vit avec une combinaison de maladies et de comorbidités différentes et doit composer avec des effets secondaires et des interactions médicamenteuses variables. « C’est une raison de plus pour effectuer une analyse complète de la médication », souligne Amelia Joucdar.

En mars 2019, les résidents des deux autres unités de soins du PCL participeront au projet, si leur cas s’y prête. Entretemps, d’autres patients qui ne faisaient pas partie du groupe ciblé en phase 1 profitent du changement de culture qui a émané du projet. Mario Chiasson est l’un d’eux. Il s’est retrouvé aux soins de longue durée il y a une dizaine d’années, après un accident vasculaire cérébral (AVC) qui lui a laissé des séquelles physiologiques et comportementales. Après avoir évalué son cas, son équipe soignante a entrepris de revoir sa médication, et a visé juste.

« Avant le changement de médication, j’étais parfois agressif, et je ne le suis plus », dit Mario.

« J’ai retrouvé ma bonne humeur. J’ai plus de facilité à bouger et à manger. Je participe aux activités et ça me fait du bien », ajoute-t-il en souriant.

 

Par Fabienne Landry

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